La dépression post-partum, une prise en charge nécessaire
J’ai envie dans cet article, d’aborder un thème difficile, autour de la dépression du post partum. Je vous partagerai mon expérience d’infirmière en psychiatrie périnatale, de bénévole au sein de l’association maman blues et aussi de mon métier de doula.
C'est quoi une dépression post partum ?
D’abord il est important de s’entendre sur les termes et donc de savoir ce qu’est une dépression post partum. Souvent j’entends des mamans me dire, « j’ai fait un post partum ». En fait, c’est le cas de toutes les jeunes mamans. Le post partum, n’est pas la dépression mais la période qui suit l’accouchement jusqu’au retour de couches. Enfin des fois c'est quand même un peu plus long.
Ce n’est pas non plus le baby blues. Cette petite déprime survient généralement entre le 3e et le 11e jour et touche 50 à 70 % des mères. Donc c’est fréquent mais pas systématique ! La durée est variable entre 1 journée et 2 semaines.
Et si cet état dure plus de 2 semaines, là on commencera à parler de dépression du post partum.
La dépression du post partum touche environ 1 naissance sur 5. C’est donc beaucoup, 20 % des naissances, ce n’est quand même pas rien. Il faut se dire que dans une micro-crèche qui accueille une douzaine d’enfants, 2 auront un parent qui a traversé ou est en dépression post partum. Je dis un parent car cela peut toucher les mères, c’est quand même le plus fréquent mais il peut aussi y avoir des pères. Ces chiffres sont le reflet des personnes qui ont été diagnostiquées. Cela ne tient pas compte des mamans qui font leur dépression seule et qui tentent de s’en sortir comme elles peuvent. Et il y en a beaucoup !
Les incidences sur le bébé
La dépression du post partum est prise en charge par des services de pédo-psychiatrie. En effet, c’est surtout le bébé qui fait les frais de cette dépression. Alors je ne veux pas mettre la pression aux parents qui sont dans ce cas, mais il faut quand même le dire.
Et souvent, les signes de dépression du post partum se voient chez le bébé. C’est pour ça que les soins sont ce qu’on appelle des soins conjoints où le parent déprimé est pris en charge avec le bébé.
La dépression du post partum a des conséquences sur le lien avec l’enfant et c’est ce lien qu’il faut restaurer pour que bébé se développe au mieux.
Peut-être que vous avez déjà entendu parler de la théorie de l’attachement formalisée par John Bowlby, suite aux différents travaux de Winnicott, Lorenz et Harlow. Cette théorie de l’attachement montre que les premières relations entre le bébé et la personne qui s’occupe de lui vont être fondamentales pour le développement du bébé et joue un rôle tout au long de sa vie. Mary Ainsworth, une psychologue du développement, a travaillé elle aussi sur ce thème et a mis en évidence des types d’attachement : l’attachement sécure, l’attachement anxieux, l’attachement évitant et l’attachement désorganisé.
Les bébés qui ont un parent en dépression du post partum sont plutôt sur des types d’attachement insécure, c’est-à-dire, anxieux, évitant ou désorganisé. Et les soins apportés au parent et à l’enfant, vont permettre progressivement d’aller vers un attachement sécure.
Les Anglais ont plus d’expérience que nous dans ce domaine-là, ils ont des unités mères-bébés depuis plus longtemps que la France. Et ils ont repéré que 100% des garçons qui faisaient une dépression à l’adolescence avait une mère qui a fait une dépression du post partum non prise en charge. Je ne veux pas rajouter une couche de culpabilité pour les parents, mais juste vous montrer l’impact que cela peut avoir et la nécessité de demande de l’aide. Et l’inverse n’est pas vrai, tous les enfants ne font pas de dépression à l’adolescence.
Les conséquences sur le parent atteint de dépression du post partum
La dépression du post partum peut aussi avoir des conséquences très grave sur le parent. En effet, actuellement, la première cause de mortalité maternelle est le suicide. C’est-à-dire sur la période allant de la grossesse au 1 an de l’enfant. En France, il y a en moyenne 1 décès toutes les 3 semaines, d’après le 7e rapport de l’enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles de 2016-2018 publié en 2024 par l’INSERM.
C’est parce que cela a des conséquences lourdes qu’il faut vraiment accepter les soins quand on se retrouve dans ces situations. Et pourtant, régulièrement, je rencontre des mamans qui pensent que ça va s’arranger et qui restent avec leurs difficultés sans en parler à leur médecin ou leur sage-femme.
Quels sont les symptômes qui doivent vous faire consulter ?
Déjà, il faut savoir que les symptômes sont différents chez les mères et chez les pères. Parlons des mamans dans un premier temps.
Il y a très fréquemment des troubles du sommeil, avec une fatigue permanente. Alors oui, c’est fatiguant de s’occuper d’un bébé mais là on parle d’une très grande fatigue, avec un épuisement. Il peut y avoir une irritabilité, des colères inexpliquées, des pleurs. La maman n’aura plus goût à rien, même de s’occuper de son bébé. Elle le fera, parce qu’il faut bien le faire. Mais il est aussi possible qu’elle ne puisse pas s’occuper de lui. Il peut y avoir une lassitude.
La maman peut aussi avoir des pertes de mémoire, y compris dans les soins à apporter au bébé.
Mais pour certaines mamans, c’est au contraire une hypervigilance, avec un souci constant du bébé, elle ne délègue rien à personne, même pas au papa.
Il peut y avoir des angoisses importantes.
Il peut aussi y avoir des manifestations physiques, avec des douleurs, des malaises ou autres.
Dans l’immense majorité des cas, ces mamans se culpabilisent beaucoup, elles devraient être heureuses et elles ne le sont pas. C’est quelque chose qui est très dur à vivre pour elle, car l’entourage attend justement que la maman soit épanouie avec son bébé mais ce n’est pas le cas. Souvent elles font comme si tout allait bien et n’osent en parler à personne.
Il peut aussi y avoir des phobies d’impulsions, ces mamans ont peur de faire mal à leur bébé, de le passer par la fenêtre, le lâcher dans les escaliers, ce genre de chose. Elles n’ont pas envie de le faire mais ont peur de le faire. Si elles ont envie de le faire, on passe alors dans d’autres troubles, c’est une urgence psychiatrique et il faut l’emmener aux urgences rapidement.
Et cela peut aller jusqu’aux idées suicidaires en se disant que le bébé serait mieux sans elles, qu’elles sont incapables de s’en occuper, qu’elles n’y arriveront jamais…
Il y a un pic autour de 8 à 12 semaines post partum, ce qui correspond en gros à la fin du congés maternité. Ce n’est pas en lien avec la reprise du travail, mais c’est plutôt ce qui est observé dans les prises en charge des mamans. Les signes sont souvent présents avant mais la fatigue s’accumulant les symptômes sont plus difficilement supportables.
Pour les pères, c’est différent. On peut aussi retrouver des symptômes dépressifs plus classiques, comme une lassitude, le goût à rien, les troubles du sommeil. Mais on va aussi trouver des comportements d’évitement. Ce sont des papas qui peuvent se réfugier dans le travail et être souvent absents de la maison. Il peut aussi y avoir un refuge dans la consommation de toxiques, alcool ou drogues. Il y a plus de risque pour les pères de faire une dépression post partum quand la maman a elle aussi traversé une dépression. Généralement celle-ci a lieu après celle de la mère et touche environ 10% des pères. Donc ce n’est quand même pas rien non plus.
Est-ce qu’il y a des personnes plus à risque que d’autres de faire une dépression ?
On ne va pas se mentir, oui ! Mais pas toujours celles que notre imaginaire collectif voudrait nous faire croire.
Je vais surtout vous partager ce que j’ai observé quand je travaillais en psychiatrie périnatale.
La majorité des mamans que j’ai vu, avaient la trentaine, une bonne situation professionnelle et un couple stable. Donc le cliché de la famille idéale. Et pourtant, cela n’empêche pas que la maternité ne soit pas toute rose.
Ce sont souvent des mamans qui ont un tempérament contrôlant. Elles aiment bien planifier les choses, tout prévoir, que tout soit organiser. Bon clairement, avec un bébé qui vient mettre la pagaille dans l’affaire, c’est très difficile pour elles de lâcher prise et elles s’épuisent. Elles voudraient que la maison soit toujours propre, que le bébé soit « parfait » c’est-à-dire réponde aux critères fixés par la société.
C’est d’autant plus compliqué pour les parents d’accueillir la nouveauté de ce bébé quand ils ont partagé un quotidien ordonné pendant longtemps. Un bébé impose des concessions qui sont parfois plus difficiles à vivre que ce que l’on aurait pensé.
Les conditions d’accouchement jouent aussi un rôle. Une récente étude de décembre 2025 montre que les femmes ayant vécus des violences au cours de l’accouchement ont 37 % de risques supplémentaires de faire une dépression du post partum. C’est souvent un point commun aux récits des mamans qui sont en dépression post partum. Il y a souvent eu des difficultés pendant l’accouchement. Mais quand même je voudrais préciser que c’est surtout de ressenti de la mère qui est en jeu. On peut avoir une césarienne en urgence code rouge et ne pas développer de symptôme de dépression. Et au contraire, on peut accoucher sans péridurale, rapidement et être en profonde dépression après la naissance.
Les chiffres montrent aussi qu’il y a plus de dépression du post partum quand le bébé est un garçon. Il n’y a pas d’explication à ça mais c’est ce qui est observé.
J’ai aussi remarqué qu’il y a beaucoup plus de dépression quand le bébé souffre de RGO, le reflux gastro-oesophagien. Je n’ai jamais vu autant de bébé RGO que quand je travaillais en psychiatrie périnatale alors que j’ai aussi travaillé en médecine pédiatrique à Clocheville et donc avec des petits patients ayant des troubles gastriques. Bon il faut dire qu’avoir un bébé que l’on ne peut jamais allonger, qui est toujours ou presque avec des douleurs et donc en train de pleurer, il y a de quoi déprimer.
Il faut aussi noter une récidive possible pour les futures grossesses, de l’ordre de 50 à 60 %. Là aussi cela montre que ce n’est pas une fatalité mais qu’il faut quand même avoir une vigilance quant à la possibilité de vivre de nouveau une dépression du post partum.
Qu’est-ce qu’on peut faire si on pense être en dépression post partum, ou que le co-parent est en dépression post partum ?
Déjà, ne pas rester seule avec ça. Il faut oser en parler, à son entourage, à son médecin traitant, à sa sage-femme, au médecin qui suit l’enfant. Vous pouvez notamment en parler lors de la consultation des 6 semaines avec la sage-femme. Ce n’est pas une consultation uniquement pour prévoir la rééducation du périnée. Il est possible d’en parler mais normalement il est aussi prévu lors de cette consultation d’évaluer votre moral et s’assurer que tout va bien.
Vous pouvez consulter un psychologue aussi pour discuter de cette question. Il est possible d’avoir des rendez-vous pris en charge par la CPAM dans le cadre du dispositif « Mon soutien psy ». Dans les espaces de parents, comme celui de Joué-lès-Tours, une psychologue consulte et est spécialisée sur les questions de la parentalité.
Vous pouvez aussi aller dans les LAEP, lieux d’accueil parents enfants. Ce sont des endroits où vous pouvez venir avec votre enfant jusqu’à 4 ans, c’est gratuit et anonyme. Il faut regarder les jours d’ouvertures en fonction du lieu. J’ai fait une liste des laep de l’agglomération de Tours sur mon site, dans l’onglet « ressources offertes ». Vous pouvez aussi trouver la liste sur le site monenfant.fr
Les espaces de parents sont des lieux qui se développent en Indre-et-Loire sous l’impulsion de la CAF 37. Il y en a un à Chambray-lès-Tours, à Joué-lès-Tours, à Neuillé-Pont-Pierre, à La Riche pour ceux que je connais. D’autres sont en projets.
A Amboise vous avez la maison des 1000 premiers jours.
Bien sûr vous pouvez aussi regarder sur internet le site de l’association maman blues. Il y a un forum qui permet de déposer ce qui vous pèse mais aussi de voir les prochains groupes de parole. Il n’y en a plus sur l’agglomération tourangelle, faute de participantes mais il y en a en ligne.
En fonction de la gravité de votre dépression, vous pouvez être suivie dans un service spécialisé comme UAPB à Tours, Unité ambulatoire parent-enfant. Il est aussi possible d’avoir un traitement médicamenteux avec des antidépresseurs et des anxiolytiques. C’est aussi possible même avec un allaitement, certains médicaments sont compatibles.
Le maitre mot est vraiment d'oser en parler et ne pas rester seul·e avec ses difficultés
Vous pouvez retrouver cet article en podcast sur la chaine Spotify "Salut les parents !"
Février 2026